UNIVERSITES

« L’UCly ne veut pas seulement être un lieu de formation d’étudiants »

L’Université Catholique de Lyon (UCLy) c’est 7400 étudiants en formation diplômante et 4100 en formation tout au long de la vie (FTLV). A Annecy son nouveau campus Alpes Europe accueillera ses premiers étudiants en septembre 2020. Un essor que nous écrit son recteur depuis juillet dernier, Olivier Artus.

Le tout nouveau bâtiment de l’UCLy à Annecy

Olivier Rollot : Vous venez d’accéder à la direction de l’Université Catholique de Lyon (UCLy). Si vous deviez établir un « rapport d’étonnement » quels en seraient les éléments saillants ?

Olivier Artus : Je découvre un établissement plus grand et plus pluridisciplinaire que l’Institut catholique de Paris dont je suis issu. L’UCLy possède aussi bien des facultés de sciences de la vie que de droit, une école de management et une autre de communication et interprétariat, etc. Cela permet de construire des parcours transversaux de conjuguer éthique des sciences et éthique de la décision. Avoir deux facultés ecclésiastiques qui rassemblent des théologiens permet d’être attentif à la pluralité des religions. L’éducation intégrale que nous proposons rend nos étudiants attentifs à l’écologie intégrale.

O. R : Vous étiez jusqu’à votre arrivée à l’Ucly en charge des questions de recherche à l’Institut Catholique de Paris. Où en est la recherche de l’UCLy ?

O. A : Nous attendons que notre recherche soit labellisée en tant qu’UR par le HCERES (Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur). Ensuite nous pourrons établir une convention avec une école doctorale. Nous comptons aujourd’hui 114 enseignants-chercheurs, professeurs et maîtres de conférence, dont 20 possèdent une HDR (habilitation à diriger des recherches) et cinq sont en voie de l’obtenir. Si on cumule les publications en sciences humaines et sociales et sciences dures nous avons déjà beaucoup de publications dans des revues à comité de lecture.

De plus nous allons mettre en place un conseil scientifique de la recherche. Avec d’autres nouvelles instances nous allons ainsi pleinement entrer dans la démocratie universitaire.

O. R : En quoi l’UCLy, comme les autres universités catholiques, est-elle différente d’une université classique ?

O. A : Nous ne voulons pas seulement être un lieu de formation d’étudiants qui s’insèrent bien sur le marché du travail. Ce que nous proposons c’est aussi une formation humaine qui va permettre à chacun de nos étudiants de s’insérer avec des points de repères. Nous formons des juristes qui mettent le droit en perspective de l’éthique. Des scientifiques qui ont conscience de l’environnement. Des managers au fait des dimensions interculturelles.

Ce que nous proposons également c’est un suivi personnalisé de chaque étudiant au travers d’un tutorat qui nous permet d’assurer un taux de réussite allant de 60 à 90% selon la Licence ou le Master. Et cela avec la même proportion de boursiers que les universités publiques : plus de 20% de boursiers d’Etat et en tout 39% d’étudiants aidés. Nous sommes particulièrement attentifs à la diversité.

Enfin être multidisciplinaire amène des débats fructueux. Dans un monde qui change à toute allure nos philosophes aident à penser la mutation numérique. Et lire l’Ancien testament a parfois quelque chose de délicieusement subversif pour les économistes.

O. R : Comment êtes-vous financés ?

O. A : Notre budget de 40 millions d’euros repose essentiellement sur les frais de scolarité plus une subvention de l’Etat de 600€ par étudiant et par an en tant qu’EESPIG (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général). Notre dernière campagne de mécénat 2019-2021 nous a d’ores et déjà permis de collecter 4 des 6 millions prévues grâce à notre bonne insertion dans l’éco-système industriel lyonnais. Le reste est à la charge des familles selon sept échelons en fonction de leurs revenus. Aujourd’hui nous sommes revenus à l’équilibre budgétaire après quelques années de déficit dues à notre installation dans de nouveaux locaux et aux travaux afférents.

O. R : Quelles sont vos relations avec les universités lyonnaises publiques ?

O. A : Nous travaillons en complémentarité, pas en concurrence frontale. Par exemple nous ne délivrons pas de diplômes en sciences politiques qui entreraient en collision avec ceux de l’université et de Sciences Po Lyon. Et quand nous remettons des diplômes en convention, par exemple avec Lyon 2, la formation a lieu dans nos locaux, avec une maquette que nous composons ensemble et un jury mixte.

O. R : Pourquoi ouvrir un nouveau campus à Annecy ?

O. A : En fait nous sommes déjà présents sur tout le grand quart sud-est, de Dijon à Marseille, de par nos liens avec l’Église catholique. Nous avions déjà des conventions avec l’université Grenoble-Alpes en droit. L’implantation de ce troisième campus à Annecy dès la rentrée prochaine est dans cette logique car il est réalisé en convention avec l’Université Savoie Mont Blanc (USMB). C’est un territoire économiquement très attractif et nous sommes soutenus par de nombreuses collectivités et entreprises locales. À terme, ce campus de 3 600 m2 accueillera plus de 1 000 étudiants. Nous ouvrirons des Licences de droit (parcours classique ou bilingue anglais en double diplôme) et plusieurs Bachelor de l’ESDES puis nous étofferons progressivement notre offre de formation. Au carrefour entre la Suisse et l’Italie, nos formations intégreront une forte dimension internationale et s’adresseront en priorité aux étudiants savoyards et transalpins.

O. R : Jusqu’à combien d’étudiants pensez-vous monter ?

O. A : Sur nos trois campus, notre objectif est d’accueillir 10 000 étudiants en formation diplômante. C’est sans doute la « taille critique » minimale pour être pris au sérieux au niveau international.

O. R : Justement quels sont les partenaires de l’UCLy dans le monde. Plutôt d’autres universités catholiques ?

O. A : Bien plus que ça. Nous avons 294 universités partenaires dans 61 pays. Mais il nous manque encore des partenariats pour créer des bi-diplômations au-delà de nos diplômes avec le Saint-Siège. Nous travaillons par exemple à la création de partenariats avec des universités italiennes, pas forcément catholiques. Le réseau des universités catholiques est plutôt orienté sur les relations Nord-Sud dans une perspective universelle.

O. R : L’apprentissage est-il développé à l’Ucly ?

O. A : Uniquement à l’ESDES avec 400 étudiants qui s’appuient sur des centres de formation d’apprentis (CFA) extérieurs. Nous étudions d’ailleurs la possibilité de créer notre propre CFA pour répondre à l’essor de la formule.

O. R : Parlons un peu de vous. Pourquoi être venu à Lyon ?

O. A : J’avais évalué l’UCLy il y a quelques années en tant qu’auditeur HCERES et apprécié ses qualités. Il fallait un universitaire, un HDR, pour occuper le poste et on est venu me le proposer. Le comité de sélection m’a choisi et le Saint-Siège a entériné ma candidature.

O. R : En plus d’être professeur vous êtes aussi prêtre.

O. A : Oui et je célèbre même la messe dans la chapelle de l’université. Mais ce n’est pas une condition nécessaire pour diriger une université catholique.

  • L’ESDES s’installe à Annecy
  • C’est à Annecy, au cœur du nouveau campus de l’UCLy que l’ESDES installe son premier campus en dehors de son siège historique de Lyon. Dès la rentrée 2020 l’ESDES et la faculté de droit de l’UCLy s’associent pour y proposer un Bachelor Droit et Management. En trois ans ce bachelor allie les fondamentaux du management et du droit pendant deux années à Annecy avant une troisième année près de Dublin à l’université de Maynooth. A la clé un double diplôme : Bachelor droit et management de l’UCLy et un Bachelor of Civil Law & Business de l’université de Maynooth.
  • A la rentrée 2021, le Bachelor in business de l’ESDES s’installera également à Annecy en proposant sa première année, et une troisième année de spécialisation, soit en Marketing et communication digitale, soit en Marketing du Luxe, soit en Management industriel.
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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