UNIVERSITES

Sélection à l’entrée à l’université : la CPU relance le débat

En se prononçant pour une orientation plus raisonnée à l’entrée en licence, qui s’apparente beaucoup à de la sélection, c’est une véritable bombe que lance la Conférence des présidents d’université. Dans le cadre de sa nouvelle contribution à la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur (Stranes), la commission formation et insertion de la CPU préconise en effet que l’accès aux filières universitaires soit subordonné à la possession de « prérequis », c’est-à-dire d’un bac adapté. Entendez : on n’entre plus en médecine sans le bac S ou en SHS avec un bac pro avec des dérogations accordées au cas par cas. Si on peut douter qu’elle obtienne gain de cause, la CPU adresse un signal clair à sa tutelle (et à l’Unef considérée aujourd’hui comme « cogestionnaire » des questions universitaires) : « Arrêtez de nous demander d’accueillir tout le monde si vous voulez que nous assurions un enseignement de qualité ».

Un revirement pas si complet

S’il y a bien longtemps que le débat sur la sélection à l’entrée à l’université fait partie des serpents de mer du débat universitaire, c’est la première fois depuis longtemps que la CPU se prononce dans le sens d’une véritable orientation qui ne soit pas seulement incitative. Certes elle avait évoqué le sujet avec la majorité précédente lors des discussions sur le nouveau référentiel de licence, mais elle s’en tenait prudemment à la seule orientation dans l’enseignement supérieur des bacheliers professionnels.

Depuis 2012, la CPU préférait prudemment insister sur la nécessité de « donner sa chance à tous les profils ». Et de son côté, Geneviève Fioraso insistait encore la semaine dernière sur la priorité donnée à la « réussite de tous » tout en se félicitant qu’un plus grand nombre de bacheliers professionnels se soient orientés en STS et bacheliers technos en IUT cette année. Aujourd’hui la CPU va plus loin en se positionnant clairement dans le cadre d’une orientation « bac-3/bac+3 » qui doit faire du lycée une préparation à l’enseignement supérieur. Lors de la présentation de la Stranes, qu’elle pilote avec Bertrand Monthubert, Sophie Béjean expliquait qu’il fallait « responsabiliser conjointement les établissements en matière d’orientation dans l’accès à l’enseignement supérieur pour donner à chaque étudiant des possibilités de trouver une voie de réussite. Les universités ne doivent plus être seules à assumer le droit d’accès des bacheliers ». Que fera-t-elle maintenant des propositions de la CPU ? Difficile à dire tant la notion même de « prérequis » s’annonce difficile à définir : demain un bachelier S se verra-t-il fermé l’entrée en prépa littéraire sous prétexte qu’il n’a pas fait 9 heures de philo par semaine en terminale ?

Comment gérer les « redoublants perpétuels »

Si la question de l’orientation à l’université devient aussi cruciale c’est qu’on semble, dans beaucoup d’universités, passer peu à peu du « droit à l’échec » au « droit à être étudiant » sans pour autant jamais réussir un examen. Dans sa première contribution à la Stranes, la CPU se préoccupait des « étudiants fantômes » de première année susceptibles de « prendre une place que d’autres auraient utilisé». Un problème qui prend de l’ampleur car « tout bachelier peut s’inscrire et se réinscrire autant de fois qu’il le souhaite en 1ère année ». « Pourquoi le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et à la Recherche ne prend pas, par exemple, la décision d’imposer que l’on ne puisse pas s’inscrire plus de 4 ans en licence sans avis du jury de filière, comme c’était le cas avant ? », déclarait à ce propos Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valéry Montpellier III, dans un entretien que vous pouvez retrouver sur le blog d’HEADway.

N’en arrive pas-t-on à faire des universités des « garderies anti-chômage », chargées de conserver en leur sein des étudiants qui n’ont strictement plus aucun espoir de réussir un jour, s’ils ne l’ont jamais eu, mais sinon aggraveraient les statistiques ? Et comment demander aux universités de produire l’excellence qu’on attend d’elles si beaucoup d’étudiants n’ont d’autre choix que de préférer les grandes écoles ou des institutions  privées faute de place ? La tension monte dans les universités autour de ces questions et la CPU essaye aujourd’hui de la canaliser. Pas certain qu’elle soit en phase avec le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

1 Comment

  1. Mais la CPU accepter la notion de quotas totalement anti républicain dans les IUT …Effectivement ce gouvernement souhaite transformer ESR en garderies supérieures ….c’est lamentable. Plus de bourses aux mérites, des quotas pour des élèves qui savent pas appliquer une règle de trois ……mais il faut leur DONNER un diplôme. 50 % d’une classe d’âge avec une licence et pourquoi pas 100 % avec un doctorat ….un vrai cauchemar

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