INTERNATIONAL

Étudiants internationaux : un retour tant attendu

C’est le communiqué que les établissements d’enseignement supérieur attendaient. Alors que la France procèdera à une ouverture progressive de ses frontières extérieures Schengen à compter du 1er juillet, cette ouverture s’effectuera de « façon progressive et différenciée selon la situation sanitaire des différents pays tiers « compte tenu des enjeux d’attractivité universitaire, les étudiants internationaux seront autorisés, quel que soit leur pays d’origine, à venir en France et les modalités de leur accueil seront facilitées. Leurs demandes de visas et de titres de séjour seront traitées en priorité ». Tous les pays sont concernés. Il était temps. La semaine dernière le président de ParisTech, vice-président de la Cdefi et directeur de Chimie ParisTech, Christian Lerminiaux, s’interrogeait ainsi sur la politique du gouvernement en direction des étudiants internationaux : « Nous ne savons toujours pas si nos étudiants auront des visas. Beaucoup hésitent avec d’autres établissements étrangers pourquoi ne pas leur donner vite des visas ?  S’ils ne peuvent pas venir ensuite pour des relations sanitaires on pourra toujours évoluer mais il faut se dépêcher de donner des visas ». Un enjeu important pour lui : les écoles de ParisTech comptent dans leurs rangs en moyenne 30% d’étudiants internationaux. Et il y a urgence : s’il n’est plus nécessaire de présenter une attestation pour circuler au sein de l’espace Schengen, il faudrait rapidement accorder des visas aux étudiants hors Schengen pour sauver l’année scolaire 2020-21. Quant aux étudiants français les restrictions restent d’actualité pour se rendre dans la plupart des pays hors Schengen.

  • Le site France Diplomatie fait le point pays par pays sur les conditions sanitaires en vigueur.

Faire face à la concurrence internationale. La pression est de plus en plus forte sur les établissements d’enseignement supérieur français confrontés à la concurrence internationale. « Nous sommes dans une compétition internationale dans laquelle les routes sont tracées par les prédécesseurs. Perdre des parts de marché aujourd’hui pour des problématiques administratives c’est perdre de la compétitivité pour longtemps », s’inquiéte par exemple le président de la Cdefi, Jacques Fayolle. Ce que confirme la directrice générale de l’ICN, Florence Legros : « Pendant ce temps d’autres pays, par exemple la Suède, ouvrent plus vite leurs portes. Or on sait qu’une fois une destination adoptée il est plus facile de faire revenir des étudiants les années suivantes ».

Face au Covid-19 différentes stratégies. Dans le contexte de la pandémie Covid-19 les établissements appliquent plusieurs stratégies. Certains préfèrent procéder comme d’habitude et s’adapter en fonction des possibilités de se déplacer. D’autres établissements favorisent plutôt les mobilités européennes avec des étudiants qui pourront sans doute se déplacer plus facilement. Certains enfin annulent les mobilités dans le cadre de leurs accords internationaux de crainte de ne pas pouvoir respecter leurs engagements d’accueil. « Dans beaucoup de cas la meilleure solution sera de repousser les arrivées des étudiants internationaux au deuxième semestre. Les étudiants pourraient ainsi d’abord suivre une partie de leurs cours en ligne. Des discussions sont en cours pour développer une telle offre et l’ouvrir aux étudiants internationaux », analyse Minh-Hà Pham, vice-présidente de PSL en charge des relations internationales qui estime qu’au final « nous pourrions gérer essentiellement des échanges intra-européens en 2020-21 avec une baisse du nombre d’étudiants internationaux. Mais cela ne va pas durer très longtemps ».

Alors que beaucoup d’écoles abandonnent les départs à l’international au premier semestre les étudiants de Neoma pourront partir à l’étranger dès la rentrée, pas forcément dans le monde entier tout de suite mais plus largement en Europe où plus de 120 nouvelles places ont été ouvertes. Et de l’international vers la France les flux ne sont pas non plus taris. « Nous avons plus d’étudiants internationaux qui s’inscrivent que jamais mais nous ne savons pas s’ils pourront venir », commente la directrice générale de Neoma, Delphine Manceau. A Neoma comme dans la plupart des écoles de management les étudiants internationaux pourront démarrer leur année en distanciel en attendant que les frontières s’ouvrent. Ce sera également le cas à Audencia. « Nous allons proposer aux étudiants internationaux un début de programme en distanciel puis en présentiel lorsque cela sera possible. Mais qu’est-ce que ces étudiants vont décider le jour où on leur proposera un début de formation en distanciel ? Espérer que les frontières vont s’ouvrir dans l’année académique ou attendre un an de plus pour aller à l’international ? Il est impossible aujourd’hui de savoir quel sera le taux de déperdition », s’interroge le directeur général d’Audencia, Christophe Germain.

Campus France lance une nouveau catalogue « Ma rentrée en ligne 2020 » à destination des étudiants internationaux. Ce catalogue comprend des formations 100% à distance et des formations hybrides à tous les niveaux, majoritairement en Master et post-master qui peuvent se dérouler entièrement à distance durant le premier semestre.

 

« Bienvenue en France », oui mais… La France était déjà passée de la quatrième à la cinquième place mondiale des pays d’accueil des étudiants internationaux en 2019. Si le plan gouvernemental « Bienvenue en France » est censé y remédier ce sont des mesures beaucoup plus essentielles que réclament les responsables des relations internationales. Dans une tribune le directeur des relations internationales de l’Edhec, Richard Perrin, en fait le constat : « Le labyrinthe des procédures administratives pour les étudiants internationaux sur les questions liées aux visas de long séjour, aux guichets d’accueil, aux permis de travail etc. doit être à la fois simplifié et dématérialisé comme c’est désormais le cas en Allemagne ».

Souvent l’administration ne suit pas comme le note une enquête menée par STUDENT CONCIERGE CLUB* auprès de 800 étudiants internationaux –53 % arrivent pour la première fois en France, ils majoritairement Chinois, ont moins de 23 ans, sont plutôt scolarisés en post-graduate anglophone – en Grandes écoles de management, d’ingénieurs ou spécialisées. 63 % de ces étudiants internationaux ont en effet rencontré des difficultés à leur arrivée en France : à 65 % administratives pour les assurances, la CAF, l’ouverture de compte, la carte de séjour… (entre autres parce qu’à 54 % les services sont rendus exclusivement en français) et à 36% de logement. Par ailleurs 34% ont souffert de l’isolement et regrettent de ne pas pouvoir « échanger avec des étudiants français et internationaux plus facilement en dehors des cours ». « Il nous faut des agents administratifs parlant anglais et des pages en anglais sur les sites des différents ministères et les préfectures de police pour que ces étudiants se sentent confortable avec l’idée de venir en France. La France ne doit pas être un plan D ou E pour des étudiants qui seraient refusés ailleurs. Nous devons disposer de services rassurants partout pour que les étudiants internationaux se sentent à l’aise », insiste Fady Fadel, le directeur de l’American Business School.

Des mesures en ce sens sont déjà prises mais les conditions de logement restent un point noir comme le déplore encore Richard Perrin : « Même si quelques campus emblématiques proposent objectivement des opportunités d’hébergement de standard international (INSEAD, HEC, Ecole Polytechnique, EDHEC, Cité U Jourdan, Université Grenoble-Alpes, les écoles des Armées etc. pour en citer quelques-unes), combien d’étudiants sont actuellement en détresse compte tenu de la vétusté de leur logement ? »

Des atouts face à une concurrence affaiblie. Soyons positifs : la France a de grands atouts dans cette crise. Par la place de ses établissements – et notamment de ses business schools – dans les rankings internationaux. Par son excellent rapport qualité-prix mais aussi par la qualité de son service de santé. Les faiblesses actuelles des grands acteurs anglo-saxons peuvent également permettre à la France se tirer son épingle du jeu. Les Etats-Unis se ferment aux étudiants chinois (Trump restreint l’entrée d’étudiants chinois aux Etats-Unis établit Le Figaro). En bisbille avec l’Australie la Chine encourage ses étudiants à ne plus s’y rendre (Australia’s foreign-student bubble has burst titre The Economist). Quant au Royaume-Uni sa politique de visa de travail de deux ans post diplôme reste peu attractive stigmatise l’ancien ministre des universités, et frère de l’actuel Premier ministre, Jo Johnson (Jo Johnson calls for four-year post-study UK work visa relate le Times Higher Education). Pour faire la synthèse Which nations will weather the storm on international recruitment? s’interroge le THE.

Pour peu que les étudiants internationaux veuillent toujours autant voyager. Le retour de l’épidémie de Covid-19 en Chine cette semaine est là pour le rappeler : la situation semble s’améliorer mais tout peut vite se retourner…

* Fondé par Dominique Houdayer, STUDENT CONCIERGE CLUB a développé une plateforme numérique qui regroupe toutes informations pratiques et solutions en ligne sur les démarches administratives à obligatoirement effectuer quand on arrive dans un nouveau pays (recherche de logement, garant, ouverture de compte, assurances, conciergerie médicale, aide administrative (CAF, SECU, CVEC…). Démarrage de commercialisation septembre 2020 / janvier 2021.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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