Jean-Marc Ogier
Dans un contexte de réindustrialisation, de transition énergétique, d’essor de l’intelligence artificielle et de tensions démographiques, CESI école d’ingénieurs vient de présenter les grandes lignes de son projet stratégique Connect 2030. L’école d’ingénieurs entend renforcer son ancrage industriel, internationaliser ses parcours, mieux accompagner les étudiants et faire de la recherche un levier direct d’innovation pour les entreprises et les territoires.
Une école au cœur des transformations industrielles et de la montée en puissance des IA. « L’économie française entre dans une phase profonde de transformation, portée par la réindustrialisation, la décarbonation, l’électrification des usages et la transformation numérique. L’industrie exprime un besoin croissant de techniciens, d’ingénieurs et de cadres capables d’innover, dans un monde où il est difficile d’être attractive aujourd’hui et compétitif si on n’est pas en capacité d’innover », pointe Jean-Marc Ogier, le directeur général de CESI école d’ingénieurs
L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans cette mutation. « L’IA n’est « pas un sujet nouveau mais son développement s’est accéléré massivement dans l’industrie dans la société depuis 2023 avec l’IA générative » alors que l’arrivée de l’IA agentique est une nouvelle étape « susceptible d’accélérer encore les transformations ». Il faut aujourd’hui former des étudiants capables d’utiliser l’IA « avec discernement », tout en conservant un haut niveau scientifique. Le risque identifié est clair : un jeune insuffisamment formé scientifiquement pourrait « se laisser berner » par des outils d’intelligence artificielle.
L’IA doit également permettre de personnaliser les apprentissages insiste Jean-Marc Ogier : « Le modèle traditionnel du cours magistral, fondé sur l’idée qu’un même cours fonctionnerait pour tous, est dépassé. À l’inverse, l’IA pourrait aider à adapter les parcours aux processus cognitifs de chaque étudiant, détecter les risques de décrochage et proposer du tutorat scientifique intelligent ».
Former davantage de talents scientifiques et technologiques. Face à ces besoins, il est urgent d’augmenter les capacités de formation. Jean-Marc Ogier évoque la nécessité de former « 100 000 jeunes supplémentaires », dont environ « 40 000 ingénieurs » et « 60 000 techniciens », pour accompagner la réindustrialisation et les secteurs en tension : nucléaire, électrification, cybersécurité, systèmes embarqués, mobilités intelligentes ou encore intelligence artificielle.
Mais cette ambition se heurte à plusieurs fragilités et d’abord un recul relatif de l’attractivité des filières scientifiques et technologiques, alors que les jeunes se dirigent davantage vers les formations économiques, sociales ou managériales. Jean-Marc Ogier pointe aussi un enjeu de féminisation : « On se prive d’une grosse partie de la population française dans les formations scientifiques, alors même que les femmes représentent environ la moitié de la population ».
Un modèle revendiqué : excellence accessible et ancrage territorial. Le CESI met en avant une identité construite depuis sa création par de grandes entreprises françaises dans les années 1950, au service de la promotion sociale et des besoins industriels. L’école revendique aujourd’hui « 26 campus », une présence dans les territoires et une offre allant du bachelor au doctorat.
Le modèle pédagogique est fortement lié à l’entreprise, fondé sur des problématiques concrètes, la pédagogie active et le travail collectif. L’objectif est de former des profils capables non seulement de maîtriser des compétences techniques, mais aussi d’évoluer dans des environnements humains, économiques et sociaux complexes.
Le discours insiste sur une « excellence académique partagée et accessible ». Partagée, parce que CESI se présente comme une seule école, avec une homogénéisation des cours et des pratiques pédagogiques entre campus. Accessible, parce que la proximité territoriale et l’alternance doivent permettre à des jeunes issus de milieux ou de territoires moins favorisés d’accéder à l’enseignement supérieur technologique.
Connect 2030 : relier les campus, les entreprises et les générations. Le projet stratégique Connect 2030 est présenté autour d’une idée simple : connecter. « Connecter l’académique et les entreprises », « connecter les générations », « connecter CESI les territoires ». Trois priorités structurent cette feuille de route : former des talents au plus près des besoins en France et dans le monde ; rendre l’excellence plus accessible ; relier formation, recherche et innovation.
La première priorité vise à faire évoluer le réseau des 21 campus du CESI, en tenant compte des spécificités économiques locales : l’aéronautique à Toulouse, le nucléaire à Rouen, la santé à Dijon ou encore les batteries. L’enjeu est de combiner un socle scientifique et technologique commun avec des spécialisations adaptées aux territoires.
Internationalisation et recherche comme leviers stratégiques. Le projet prévoit également de dépasser une internationalisation jugée trop « technique », limitée à l’obligation de mobilité imposée aux étudiants ingénieurs. L’ambition est désormais de « faire venir le monde chez CESI », en développant des formations en anglais, des doubles diplômes, des partenariats scientifiques et des programmes adaptés aux attentes de différents publics internationaux.
CESI souhaite ainsi renforcer sa présence européenne et mondiale, à travers des alliances académiques, des réseaux d’écoles en sciences appliquées, des collaborations méditerranéennes, des liens avec Bruxelles et des programmes comme Fulbright pour les Etats-Unis. L’objectif affiché est de former des étudiants capables d’agir dans des environnements « complexes et mondialisés ».
La recherche est au cœur du repositionnement de CESI comme acteur complet de l’enseignement supérieur. La nouvelle stratégie entend en faire « un levier direct des grandes transformations industrielles, environnementales » et professionnelles. L’école cherche un équilibre entre recherche amont et applications proches du marché, afin d’anticiper les besoins futurs tout en accompagnant concrètement les entreprises. Le CESI entend donc développer des laboratoires communs, renforcer les partenariats industriels, publier davantage et déposer des brevets avec les entreprises.
Alternance, orientation et ouverture sociale. L’apprentissage demeure un pilier du modèle CESI, avec environ « 70 % » des étudiants concernés. Malgré la baisse des niveaux de prise en charge et les tensions économiques, l’école estime pouvoir s’appuyer sur la confiance construite avec les entreprises pour préserver ce modèle, tout en restant attentive à sa soutenabilité.
Jean-Marc Ogier insiste enfin sur les parcours d’orientation et de remédiation : « L’école veut mieux accompagner les jeunes dont les choix au lycée n’ont pas toujours été alignés avec les prérequis des filières technologiques ». L’objectif est de créer davantage de passerelles, de permettre des parcours moins linéaires et de donner aux étudiants « le temps de la réflexion après le bac, afin de les amener progressivement vers les formations les plus adaptées à leur potentiel ».
- Créée en 1958 par des entreprises, CESI École d’Ingénieurs rassemble aujourd’hui près de 20 000 étudiants, plus de 120 000 alumni et un réseau de milliers d’entreprises partenaires.
CESI, L’ECOLE QUI GENERE UN MILLIARD
CESI École d’Ingénieurs met en avant le poids économique de son activité à l’échelle nationale à travers une étude réalisée par le cabinet UTOPIES. L’établissement s’y présente comme une « mini-ville » répartie sur 26 campus en France, dont l’activité généré près de 927 millions d’euros de produit intérieur brut chaque année et soutient plus de 36 000 emplois.
Selon cette étude, chaque emploi créé au sein de l’école aurait un effet multiplicateur significatif : un poste direct en soutiendrait trois autres dans l’économie française. Ce mécanisme s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs, notamment les dépenses liées aux salaires et aux achats de l’établissement, les investissements publics, la consommation des étudiants et l’activité économique générée par les diplômés. À titre d’illustration, l’investissement réalisé en 2020 sur le campus de Rouen aurait généré en cinq ans près de 100 millions d’euros de richesse et soutenu plus de 3 600 emplois, dont une majorité en Normandie.
L’influence économique de l’école dépasse le cadre strict de l’enseignement, en irriguant directement plus de douze secteurs d’activité, parmi lesquels le bâtiment, les services techniques, l’information et la communication, la logistique, la santé ou encore la finance. Cette dynamique est « renforcée par une gouvernance étroitement liée au monde professionnel, impliquant plusieurs grandes fédérations sectorielles ». L’étude souligne également le rôle des campus dans le développement territorial : en moyenne, près des deux tiers de la richesse générée par un site bénéficieraient directement à la région où il est implanté, confirmant l’effet d’ancrage local des établissements d’enseignement supérieur.
End of squared section