Kedge assume un virage stratégique pour la période 2025-2030 : consolider sa position, renforcer son attractivité et faire du Programme Grande École un levier central de différenciation. Dans un marché plus concurrentiel, sous tension démographique et économique, Kedge veut être « un choix admis ou assumé », et non « un choix par défaut » explique son directeur général, Alexandre de Navailles. L’intégration des MSc en dernière année du PGE, sans surcoût de scolarité, sera un levier fort d’attractivité dès la prochaine rentrée.
Une ambition mesurée dans un marché sous pression. Kedge revendique un choix de prudence. L’école ne cherche plus à accélérer fortement ses volumes, mais à « protéger ce que l’on a construit depuis ces cinq voire dix dernières années » et à « bâtir les prochaines années autour de la qualité » fixe Alexandre de Navailles. Avec environ 12 500 étudiants en formation initiale et 2 500 en formation continue, l’établissement estime avoir atteint une taille critique suffisante.
La bonne tenue de la trajectoire financière reste prioritaire. L’école vise environ 170 millions d’euros de chiffre d’affaires à cinq ans, sans chercher à atteindre « 200 ou 250 », jugés irréalistes. L’objectif est de préserver une capacité d’investissement, avec 50 millions d’euros annoncés sur cinq ans, notamment pour les campus et l’informatique.
Dans ce contexte Kedge souhaite devenir moins dépendante de l’apprentissage, qui représente un peu moins de 25 % de ses effectifs. Elle prévoit de passer d’un peu moins de 3 000 apprentis à 2 000, plus rapidement que prévu. Pour compenser, Kedge mise notamment sur les étudiants internationaux et sur une attractivité qui ne repose pas seulement sur « la gratuité des frais de scolarité ».
Le Programme Grande École au cœur de la relance. Le PGE est plus jamais le vaisseau amiral de cette stratégie. Kedge veut le repositionner comme un programme en cinq ans, incluant les deux années de classe préparatoire. « Un PGE, c’est un programme en cinq ans qui commence par deux ans en prépa », rappelle Alexandre de Navailles, toujours aussi attaché au recrutement en classes préparatoires.
La nouvelle maquette du PGE veut permettre aux étudiants de tester, d’expérimenter puis de se spécialiser. En master 1, ils pourront suivre 150 heures de spécialisation, tout en ajoutant une coloration sectorielle : luxe, défense, data, international ou autres domaines.
Le repositionnement du PGE repose aussi trois piliers transversaux : géopolitique et défense, international, et donc business étiquette. L’école annonce 30 nouvelles universités partenaires et explore des coopérations avec Columbia, Cornell, l’EHL ou encore des partenaires en Chine, en Inde et en Amérique du Nord.
Trois filières pour répondre aux besoins des entreprises. Kedge identifie trois grandes filières d’employabilité prioritaires : audit-conseil, achats-supply chain et business development. Trois axes choisis à partir des données d’insertion et des besoins exprimés par les entreprises.
Le business development apparaît comme un enjeu majeur. L’école note que près d’un quart de ses diplômés s’orientent déjà vers ces métiers, contre environ 18 % en moyenne CGE. Kedge veut « redonner ses lettres de noblesse » à ces fonctions commerciales et stratégiques, longtemps moins valorisées que la finance ou le conseil alors que les entreprises « cherchent plus que jamais à recruter ces profils que les écoles ont parfois oublié qu’elles devaient former au profit des fonctions marketing ou finance », note Alexandre de Navailles.
Achats et supply chain constituent un autre marqueur historique. Un manager achat sur quatre en France a été formé chez Kedge dont le master achat fête ses 50 ans. L’école veut mieux faire connaître ces métiers, encore mal identifiés par les étudiants, alors qu’ils sont devenus « absolument fondamentaux et stratégiques » pour les entreprises.
L’audit et le conseil restent également des débouchés forts : 29 % des diplômés s’y orientent, contre 24 % pour la moyenne des écoles de la CGE. Kedge veut donc encore mieux structurer cette filière, notamment avec des parcours spécialisés, des partenariats et une préparation renforcée aux certifications.
ACQUERIR LES CODES PROFESSIONNELS Les entreprises interrogées par Kedge pointent un déficit de codes professionnels chez certains jeunes diplômés : savoir se présenter, communiquer, réseauter, s’adapter à différents environnements culturels. Kedge va donc insister sur l’acquisition d’une « business étiquette » qui est aussi un outil d’égalité des chances. « Il ne s’agit pas seulement de « bonnes manières », mais de donner à tous les étudiants les moyens de comprendre les usages de l’entreprise, y compris lorsque leur environnement familial ne les y a pas préparés », insiste Céline Davesne, directrice des programmes de Kedge.
Une promesse d’employabilité renforcée. L’objectif final de l’école est plus que jamais le retour sur investissement, devenu central pour les familles. « Les critères historiques comme la ville ou l’expérience campus reculent dans les priorités, tandis que l’employabilité, le salaire et la carrière prennent davantage de poids », note le directeur général.
Kedge veut donc rendre plus visibles ses débouchés, ses alumni et ses spécialisations. Le réseau de 95 000 diplômés est comme un atout majeur, notamment pour illustrer des trajectoires concrètes dans les achats, la supply chain, le conseil, l’audit ou le business development.