Nommée à la tête de l’ESCE en avril 2026, Elisabetta Magnaghi veut accentuer la singularité historique de l’école : l’international. Accréditations, hybridation entre management et nouvelles technologies, développement des MSc et ouverture accrue aux étudiants étrangers : la nouvelle directrice générale détaille une stratégie ambitieuse pour repositionner l’ESCE dans un marché des business schools en pleine mutation.
UN RETOUR AUX ACCRÉDITATIONS INTERNATIONALES
Olivier Rollot : Avant d’être nommée directrice tout récemment vous êtes d’abord arrivée à l’ESCE pour une mission très précise autour des accréditations internationales.
Elisabetta Magnaghi: L’ESCE s’est lancée à mon arrivée en septembre dernier dans le processus d’accréditation AACSB et a obtenu l’éligibilité en janvier, ce qui est une excellente nouvelle pour l’école. Nous travaillons actuellement activement avec notre mentor. L’école est également accréditée EFMD pour le Programme Grande École.
O. R : Cette stratégie reste très ambitieuse pour une école qui n’est pas dans le top 10.
E. M : Justement. Lorsque l’on ne fait pas partie du top 10, il faut trouver ce qui nous rend différents. Nous ne pouvons pas rester dans une logique de simple imitation. L’ambition est indispensable.
O. R : Vous connaissiez déjà l’ESCE avant votre arrivée ?
E. M : Je connaissais surtout le groupe OMNES Education. À KEDGE, mon précédent poste en tant que dean, j’entendais beaucoup parler de l’INSEEC Grande Ecole, mais l’ESCE restait assez discrète. Depuis mon arrivée, je découvre chaque jour l’école. Mes fonctions de directrice générale ont commencé officiellement le 1er avril, après la promotion de Christophe Boisseau, donc cette phase de découverte reste récente.
Ce qui m’a frappée immédiatement, c’est l’énorme potentiel de l’école. Son histoire, son positionnement, la richesse de ses partenariats internationaux, le nombre de langues enseignées… Nous avons un Institut Confucius, des cours de russe, une diversité linguistique très rare dans une business school française.
En revanche, certains processus doivent encore progresser. Mais cela évoluera naturellement avec les démarches d’accréditation. L’ESCE était un projet très original à sa création, puis cette singularité s’est un peu diluée. Notre ambition est de la retrouver.
L’HYBRIDATION ENTRE BUSINESS ET TECHNOLOGIE
O. R : Cette singularité passera notamment par les nouvelles technologies ?
E. M : Absolument. L’ESCE a récemment changé de positionnement au sein du groupe OMNES Education. L’école a quitté un pôle très franco-français pour rejoindre un ensemble plus international avec l’université internationale de Monaco et les écoles de Genève ou Barcelone. L’objectif du groupe OMNES Education est clair : faire de l’ESCE la référence internationale des business schools en France.
Nous voulons conserver un Programme Grande École, car nous restons une école française, mais nous devons lui apporter quelque chose de différent. Cette différence passera par l’hybridation entre management et technologies.
O. R : Ce sujet est au cœur de votre parcours.
E. M : Oui. Je suis Italienne et je suis arrivée en France initialement pour travailler dans le contrôle de gestion. Puis j’ai choisi la voie académique, avec une thèse en cotutelle entre l’université de Pise et l’université de Lorraine. Après une expérience en Chine, j’ai rejoint l’Université Catholique de Lille au sein de la Faculté de Gestion, Economie et Sciences.
Une fois élue Dean, j’ai très vite compris qu’il existait une opportunité forte autour du numérique : j’ai eu l’accord du recteur de l’époque pour créer une école dédiée à l’hybridation entre business et technologies, avec une approche très humaniste créé une Business School hybride au sein de l’Université : l’Ecole du Numérique, modèle alors innovant dans l’écosystème académique français. Nous parlions déjà de cybersécurité, de data management ou encore d’impact environnemental du numérique, bien avant l’explosion actuelle de l’IA.
O. R : Cette expérience inspire aujourd’hui votre stratégie pour l’ESCE ?
E. M : Totalement. Nous travaillons déjà avec l’ECE, l’école d’ingénieurs du groupe OMNES Education, pour développer de véritables compétences technologiques dans nos formations. L’objectif n’est pas de saupoudrer quelques cours d’IA ici ou là, mais de construire des projets communs, des doubles diplômes et de nouvelles formations hybrides.
Nous sommes en train de développer par exemple un bachelor en co-diplomation entre l’ESCE et l’ECE autour du technology management, avec un parcours en deux ans plus deux ans. Cette hybridation constitue aussi un formidable levier pour l’international, car nos partenaires étrangers recherchent précisément ce type de profils.

L’ESCE s’est implantée à la rentrée 2022 à La Défense dans l’un des immeubles de l’ensemble Cœur Défense.
UN MARCHÉ EN PLEINE TRANSFORMATION
O. R : Vous arrivez dans une période charnière pour les business schools.
E. M : Tout le monde s’interroge aujourd’hui sur les modèles économiques. Nous devons être créatifs. Le modèle post-bac en cinq ans reste important, mais nous voyons bien que les étudiants privilégient de plus en plus les parcours en trois plus deux, dans une logique LMD plus classique et plus internationale.
O. R : Les MSc profitent-ils particulièrement de cette évolution ?
E. M : Exactement. Nous avons obtenu le visa de nos MSc l’an dernier et cela a immédiatement provoqué une forte croissance des effectifs. Aujourd’hui, c’est le segment qui fonctionne le mieux. Beaucoup d’étudiants internationaux souhaitent effectuer leur postgraduate à l’étranger. Paris reste extrêmement attractive pour cela.
O. R : L’international reste donc l’ADN central de l’ESCE ?
E. M : C’est même son ADN historique. L’école est née en 1968 avec cette vocation internationale, à une époque où très peu d’établissements parlaient réellement de commerce international. Nous disposons aujourd’hui d’un réseau très important de partenaires. Certains partenariats doivent être réactivés, d’autres renforcés, mais la base existe déjà.
Nous venons également de recruter un directeur du développement international. Le sujet ne se limite pas aux relations internationales classiques ou à la gestion des échanges étudiants : nous parlons ici de développement stratégique.
O. R : L’objectif est-il aussi d’ouvrir des implantations à l’étranger ?
E. M : Ce n’est pas prévu immédiatement, mais nous n’excluons rien. Nous allons d’abord nous appuyer sur les écoles internationales du groupe et consolider notre positionnement. Ensuite, l’expérience nous dira jusqu’où nous pouvons aller.
O. R : Votre campus de La Défense constitue-t-il un avantage ?
E. M : Pour les étudiants, clairement. Je considère que La Défense offre un environnement très intéressant pour une école de commerce : proximité immédiate des entreprises, accès rapide à Paris, possibilités de développement.
Le quartier devient progressivement un véritable pôle étudiant. Ce phénomène n’était probablement pas anticipé à une telle échelle il y a quelques années, mais il crée aujourd’hui une dynamique très favorable.
UN REGARD ITALIEN SUR LE MODÈLE FRANÇAIS
O. R : Votre regard italien vous donne-t-il une lecture différente du système français ?
E. M : En Italie, la logique du trois plus deux s’est imposée beaucoup plus rapidement. Le modèle français des grandes écoles reste très spécifique. Lorsque je suis arrivée en France, j’ai découvert un univers totalement différent, avec des volumes d’écoles extrêmement importants.
En Italie, les business schools sont moins nombreuses et plus concentrées. En France, la concurrence est beaucoup plus forte. Cela oblige les écoles à se différencier en permanence. C’est précisément ce que nous voulons faire à l’ESCE.