Les transitions au centre du colloque de la Cdefm

by Olivier Rollot

Vincenzo Vinzi clôt le congrès annuel de la Cdefm dans les locaux de Kedge à Paris

Le 2 juin la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) tenait son congrès annuel dans les locaux de Kedge à Paris en plaçant au centre des débats une question devenue stratégique : comment préparer les futurs dirigeants à évoluer dans un monde travaillé par l’intelligence artificielle, la transition écologique et sociale, les tensions géopolitiques et l’accélération des mutations technologiques ? « Il ne s’agit plus seulement de former à « gérer » ou à « développer », mais de préparer des femmes et des hommes à agir dans un environnement lui-même en transformation continue », pose Vincenzo Vinzi, président de la Cdefm et directeur général de l’Essec en ouverture de son congrès qui s’interroge : « Comment préparer les futurs dirigeants à évoluer dans un monde de mutations technologiques, sociétales, économiques » qui redéfinissent les attentes des organisations et des sociétés ? »

 Les IA mais pas uniquement ! L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement l’accès au savoir : elle modifie aussi « notre rapport à l’apprentissage », « notre rapport au travail » et, plus profondément, « notre rapport à la prise de décision ». À travers elle, c’est « la place de l’humain » qui se trouve interrogée.

Mais Vincenzo Vinzi refuse d’isoler la révolution technologique des autres bouleversements : « La transition écologique et sociale oblige, elle aussi, à repenser les modèles économiques, les organisations et la conception même de la performance ». Il faut selon lui sortir des oppositions faciles : « Ce n’est pas soit la performance, soir la transition écologique mais la capacité à avancer avec les deux, dans une logique de conciliation des contraires ».

C’est cette lecture systémique qui justifie l’évolution attendue des business schools. : « Les écoles de management ne peuvent plus considérer certains sujets comme relevant d’autres disciplines. Intelligence artificielle, écologie, enjeux sociaux, géopolitique, compétences transversales : tout cela doit désormais être intégré dans les formations ».Le rôle des grandes écoles de management est donc présenté comme double : transmettre des connaissances solides et préparer des décideurs capables de comprendre, d’anticiper et de transformer.

Des écoles concurrentes, mais capables d’agir ensemble. La concurrence entre les écoles, « pousse à l’amélioration continue » note le président qui insiste surtout sur la « capacité des écoles à unir leurs forces lorsque l’intérêt général de l’enseignement supérieur, les défis sociétaux ou les attentes des étudiants, des entreprises et des territoires l’exigent ».

C’est dans cet esprit que s’inscrit l’action de la Cdefm. En 2023, les écoles ont élaboré un référentiel commun consacré au développement durable et aux transitions sociales. Le nouveau livre blanc présenté lors du colloque doit montrer comment les écoles s’approprient concrètement ces enjeux, les intègrent dans leurs enseignements, leurs programmes et leurs pratiques pédagogiques.

Dans le même mouvement, le colloque introduit un référentiel de compétences consacré à l’intelligence artificielle. L’ambition dépasse l’accompagnement d’une évolution technologique. Il s’agit de préparer les étudiants à comprendre une révolution déjà à l’œuvre dans les organisations, mais aussi à en devenir acteurs.

L’IA ouvre des perspectives importantes en matière d’innovation, de performance et de « création de valeur ». « Cette expression est explicitement préférée à une lecture strictement économique de la performance, car elle inclut aussi une dimension sociale et humaine. Mais l’IA soulève également des questions de responsabilité, d’éthique, d’esprit critique, de souveraineté technologique, d’utilisation des ressources et d’impact environnemental », analyse Vincenzo Vinzi.

Cette accélération crée une difficulté nouvelle. Dans l’histoire, chaque évolution technologique a toujours été suivie d’une évolution sociale. « Mais aujourd’hui, les sociétés n’ont plus le temps d’absorber une révolution qu’une autre arrive déjà. Les écoles doivent donc préparer non seulement aux compétences techniques, mais aussi aux compétences socio-émotionnelles et transversales. »

Le diplôme comme « visa », plus comme passeport définitif. Dans ce contexte, la formation initiale ne peut plus être pensée comme un acquis définitif. « Le diplôme n’est plus un passeport pour la vie professionnelle mais plutôt un visa. Il ouvre une entrée dans le monde professionnel, mais il suppose ensuite une mise à jour permanente des compétences», formalise Vincenzo Vinzi.

Les écoles doivent donc donner aux étudiants des outils intellectuels et méthodologiques leur permettant de s’adapter, d’évoluer et de continuer à apprendre tout au long de leur vie professionnelle. « La responsabilité de l’enseignement supérieur n’est pas seulement de préparer aux métiers d’aujourd’hui, mais de former des femmes et des hommes capables d’inscrire leurs décisions dans une vision de long terme. »

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