« Pas plus la proximité des échéances électorales que les contraintes budgétaires ne doivent nous empêcher de continuer à avancer sur des projets. » Optimiste, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste, se félicite de voir le budget de son ministère croitre de 500 millions d’euros dans le projet de loi de finance 2027 alors, qu’avec plus de 3 millions d’étudiants, les effectifs de l’enseignement supérieur atteignent un niveau record. Carrément optimiste il ne désespère pas de voir le projet de loi de Régulation de l’enseignement supérieur privé adopté à l’Assemblée. Mais comment amener l’enseignement supérieur et la recherche dans les débats de la présidentielle ? « Quel doit être le statut du bac ? Comment peut-on intégrer l’université ? Quels budgets faut-il avoir ? Doit-on augmenter les droits de scolarité ? » s’interroge Philippe Baptiste à l’aube des élections avant de s’exclamer : « Faut-il s’inquiéter si le Rassemblement national arrive au pouvoir ? Oui ! Et pas seulement pour l’enseignement supérieur ».
Le risque d’un déclassement de la recherche française
Là où Philippe Baptiste est moins optimiste c’est quand il constate que la part du PIB français consacrée à la recherche stagne à 2,1% quand l’objectif était de monter à 3%. « Ce n’est pas seulement un problème public. Les entreprises privées également n’investissement pas assez dans la recherche. Nous prenons le risque d’une vassalisation généralisée de l’économie », stigmatise le ministre qui veut « encourager une recherche libre et pas seulement dirigée ».
Un déclassement d’autant plus cruel pour la France que des pays comme l’Italie ou l’Espagne s’en sortent beaucoup mieux. « Nous avons sans doute du mal à concentrer nos ressources et c’est un sujet que nous avons du mal à aborder », analyse le ministre qui s’interroge également sur l’hétérogénéité des profils reçus à l’université aujourd’hui : « On a changé le métier des enseignants-chercheurs. Peut-être faut-il créer une année de propédeutique pour permettre la réussite de tous ».
Et comment faire évoluer la recherche à l’heure de la montée en puissance des IA ? « Les IA sont des accélérateurs extraordinaires et cela ouvre une terre d’opportunités », répond Philippe Baptiste.
Des établissements plus autonomes
Persuadé que c’est dans l’autonomie des établissements que résident les clefs de la réussite, Philippe Baptiste veut plus que jamais « déconcentrer les décisions avec le renforcement du rôle des recteurs sur les COMP ». Des COMP qui doivent également se rapprocher des collectivités avec des discussions locales pilotées par les recteurs. « Les COMP seront généralisés cette année après leur expérimentation en régions PACA et Aquitaine », rappelle Philippe Baptiste entend maintenant avancer plus sur la gestion des personnels.
Mais les universités ont-elles toujours touché les sommes ce qu’elles attendaient ? « Il n’y a eu qu’un élève parfait qui a reçu 100% de la valeur totale du COMP. Les autres ont eu entre 80% et 100%. Je l’expliquerai aux présidents qui ne l’auraient pas compris mais je suis sûr qu’ils l’ont tous bien compris ! », spécifie le ministre. Alors que le COMP d’Aix-Marseille Université prévoit que 40% des personnels partant à la retraite ne seront pas remplacés dans les années à venir, il faut « réfléchir à un volume de non-remplacement selon chaque situation ».
Étudiants internationaux : quelle application des droits différenciés ?
Les droits différenciés s’appliquent peur à peu en licence et master avec cette année 30% d’exonération avant 20% dans deux ans. Les étudiants qui ont commencé un cycle ne sont pas concernés. « Les universités jouent le jeu même si elles communiquent parfois de manière « habile ». Nous sommes très attentifs mais il est trop tôt pour faire un bilan », établit le ministre.
Santé : une réforme infinançable ?
La réforme des études de santé est programmée pour la rentrée 2027. Oui mais son financement de 5 millions d’euros qu’annonce le MESRE pour cette année parait bien faible quand les grandes universités parlent de surcout allant pour chacune d’entre elles de 500 000 à un million d’euros. « Le système PASS-LAS était sans doute trop compliqué. Là nous le simplifions avec deux majeures à choisir dans un nombre limité de discipline – dix à quinze – avant de poursuivre ou pas en études de santé », rappelle le ministre qui « entend bien les inquiétudes des doyens de médecine sur les moyens nécessaires » et « prévoit des financements supplémentaires pour les années à venir ».
Sur la question des fraudes eux ECOS de l’internat de médecine, Philippe Baptiste rappelle qu’il n’y a « à ce stade aucune inquiétude mais que l’enquête est menée ».
La galette du repas à 1€
Ce sont 143 millions d’euros additionnels qui seront investis en 2027 dans les CROUS pour répondre aux conséquences du passage du menu à 1€ (salaires additionnels de 200 personnes, manque à gagner, extension des locaux). Si… le budget 2027 est voté. Et voilà les oppositions face à leurs responsabilités : ne pas voter le budget, censurer le gouvernement, c’est risquer de décevoir des étudiants pour lesquels le repas à un euro est devenu une évidence…